wrapper

Le marathon d'Athènes par Didier

Tout a commencé quand je me suis mis à courir pour la première fois.
Il y a tellement longtemps, quand je me suis dit «  tu rentreras dans la cour des grands que lorsque tu auras fait UN MARATHON »
Tout aurait pu commencer, quand j’ai fait la marathon de paris, et que j’ai rencontré un coureur en tenue traditionnelle grecque. Je l’ai revu après la course sur les quais du métro, mais je n’avais pas la force d’aller lui parler, en anglais pour qu’il m’explique « le marathon d’Athènes, l’authentique » .
Donc nous irons à Athènes, sans trop savoir.
(Re)donc tout commence quand nous arrivons confirmer nos inscriptions,  au Stadium d’Athènes, il est situé au bord de la mer, jouxtant le port ou sont amarrés tous les yachts d’Onassis et consorts .   Nous prenons nos dossards, et pour avoir nos tee-shirts, il faut parcourir le labyrinthe, des exposants, sympa mais très long . Beaucoup plus complet que Paris, qui affiche presque trois fois plus de concurrents. J’y ai même acheté un nouveau short … orange pour compléter ma panoplie de coureur à pied ( private joke )
devant le stand des tee-shirts, la vidéo en grand écran du parcours : nous le savions mais le parcours n’est pas terrible, que de la 2 fois 2 voies, dans un environnement de centres commerciaux comme il y en a partout autour des grosses mégalopoles.
C’est pas grave, on était prévenu, mais pas à ce point là : « l’authentique » a perdu avec les ans de sa beauté sauvage, au profit d’un urbanisme sauvage et très méditerranéens.
Une photo souvenir avant de quitter l’enceinte au pied du chrono : il reste 39 h avant le départ .
Retour à l’hôtel, on a déjà fait 16 kms A R  à pieds : c’est peut être beaucoup !

Le lendemain, passage obligé par THE STADE, l’authentique stade ou on eut lieu les premiers J O . Sur place,  c’est l’empressement pour installer tous les barnums et tous les infrastructures nécessaires au  bon déroulement de l’arrivée . Nous arrivons à faire un selfie devant la voiture chrono, celle que peu ont la chance de suivre de prés. Il reste 15 h, le stress fait son apparition .
Jour J, H – 6 ; le réveil est programmé à 4 h 30, le petit déjeuner à 5 h dans une salle ou nous sommes plus d’une trentaine, rien que notre hôtel,  ( c’est pour tous les hotels, pareil, un énorme apport de C A, ce marathon  ) A 5h 30, nous voilà dehors en direction des aires de départ des navettes en direction du départ à MARATHON . Dans la nuit, nous marchons et il suffit de suivre les groupes de coureurs, pour rejoindre le lieu de rendez vous . et au fur et mesure que l’on passe devant un hôtel, les groupes s’étoffent, c’est impressionnant .
Et voilà les cars, des dizaines : irréel et dans Athènes, il y a plusieurs points de rendez vous . Nous sommes sur la place du parlement, là ou dans la journée des centaines de touristes ( dont nous ) s’empressent de photographier la relève de la garde . D’énormes files de coureurs attendent leur tour pour monter tel du B. dans son car : une organisation rodée et efficace.
Dans le car, le jour commence à se lever, et nous découvrons le parcours en le remontant, et on entend les petits cris des autres concurrents dés que le car prend une descente, et certaines sont importantes : dans l’autre sens ce sera dur .
A mi parcours nous traversons Rafina, un paysage de désolation, tout a brulé récemment, maison, jardin et bois, 99 victimes. On nous a demandé de porter quelque chose de couleur verte en soutien à la population locale. C’est aussi le seul endroit où l’on verra la mer le long du parcours.
Nous arrivons à MARATHON, quelques minutes de bouchon, 18 000 coureurs et marcheurs, cela ne descend pas du car en 30 secondes.
Direction la zone de départ, le stade est rempli de coureurs qui se préparent, s’échauffent, discutent, s’habillent, ou font la queue devant les toilettes ( il y en a prés d’une centaine, il faut bien cela .
Comme nous sommes dans l’avant dernier sas, nous avons le temps d’aller voir le départ. L’arche de départ est au bout de la ligne droite, la voiture chrono est théoriquement prête, et les motards de la police grecque en mode escadrille .
après le petit mot de bienvenue et quelques commémorations avec le poing levés en mode Black Panther, Les motos démarrent, les coureurs du sas élite se figent, avant de s’élancer pour leur défis. Seul la Mercedes chrono, ne part pas. Elle démarrera en perdant 100 000 kms de gomme, à une demi seconde d’être rattrapée par les premiers « élites » .
l’avantage de partir dans les derniers, on a la chance de voir le départ des premiers !
Nous voilà dans le sas 10, en principe les 10 et 11 ème sas sont réservés aux inscrits retardataires et aux marcheurs ( puisqu’il y a une catégorie POWER WALKING ) . Cela va assez vite, et nous voilà sur la ligne de départ ( on part 30 minutes après les premiers, soit les « kenyans » sont déjà au dixième km. Nous sommes avec annie sur la première ligne, et apparemment le seul en bâtons .
top départ et déjà nous sommes enfermés parmi les coureurs, c’est parti .
Athènes on arrive !! dans plus de 5 h !!!
Surprise agréable, quand on arrive au 1 er km, il ya un panneau fixe style DDE, « vous êtes sur la route authentique du marathon 1 er km », et ce panneau nous accompagnera quelques kms, le 2, 3 et Etc nous les verrons pas tous .
Au 4 ème km on sort de la voie rapide, pour aller faire le tour du cumulus ou se repose PHILIPPIDES, le célèbre grec à l’origine de la légende du marathon .
Annie, mon épouse qui court,  est un petit peu devant, avalé, par la foule . je ne la reverrai que bien plus tard.
Donc je marche, à  un « amazing  rythme », me congratule un américain, trop vite surement, mais je me sens très loin du rouge. Il y a avec nous de toutes les nationalités des chinoises, des south africa,  black and white, des jolies russes, danoises, suédoises,… En fait je suis plutôt avec les femmes, leurs maris  sont loin devant. C’est tant mieux .
J’entends derrière moi
«  Tiens un gars de chez nous »,
J’ai été démasqué, par un couple quimpérois avec mon maillot fétiche  orange de la Bigoudene, affublé d’un drapeau breton, pour bien marquer ma nationalité aux yeux de tous, je leur promet de les retrouver à l’arrivée, ils font partie du comité de jumelage LAVRIO – QUIMPER, et chaque année, un petit groupe de finistériens participe au marathon d’Athènes.
J’avance et ne regarde que ma ligne bleue, je cherche les éventuels marcheurs, ceux que je dois battre, car en fait plus d’un est parti dans les sas précédents., j’en double, je suis sur un petit nuage.
après la partie plate, on attaque les cotes dés le 10 ème km, avec mes batons, je suis avantagé, cela me galvanise. Montée, descente, remontée, jusqu’au 32 km, il y a plus de montées que de descentes. Un marcheur devant, il faut le doubler, mais suivre la ligne bleue . Apparemment, tout le monde n’a pas compris sa signification., il faut constamment slalomer, avec ceux qui marchent, mais de fatigue ceux là .
Avant Rafina  une grosse cote, et quasi tout le monde marche, mais qui sont les marcheurs que je dois doubler ? eh bien tant pis je double tout le monde . C’est plus simple, mais plus fatiguant !
je me retourne pour voir l’énorme peloton qui sont derrière moi, j’aperçois la mer, d’un superbe bleu grec sous le soleil, la température monte comme la côte, on avoisine les 20 degrés .
La terre est brulée, ah oui nous sommes là ou tous les locaux pleurent leurs voisins disparus par le feux, c’est impressionnant, mais ils sont là pour nous encourager, par leurs bravos ( tout le parcours, on entendra que ce mot bravo, j’ai au moins appris un mot en grec) .
Sur leur tee-shirt noir en lettre blanche «  WHY ? 99 ».
Les caméras de télévision grecques sont là pour immortaliser ce moment d’émotion  et /ou attendre que cette manifestation dégénère, au vu du nombre de policiers armés et habillés façon anti émeute .
L’organisation avant le départ ont donné à tous les concurrents, un tour de cou vert, pour soutenir les « rafinois «  dans leur lutte de replanter des arbres ( vert ) sur les zones dévastées. Les organisateurs s’étant engagés à replanter des arbres, comme le Marathon Vert  de Rennes le fait déjà en Afrique .
Surprise, devant moi, mon coureur grec, Kostas Hatzis, celui du marathon de Paris, avec qui j’échange quelques mots, je lui explique que c’est un peu grâce à lui que je suis là à Athènes. Quand je lui dit que je suis français, il me répond «  Dominique Chauvelier «, je lui dit « amis Facebook «, il me répond que lui aussi . il me prends en photo pour avoir mon n° de dossard, et lui me montre le sien «  12345 » encore un pistonné ! afin que l’on se retrouve sur Facebook après la course.
Après le semi, fait en 2 h 31, cela me fait penser que les premiers ont déjà fini.
Encore une bonne côte, je regarde loin devant pour voir si je vois Annie, car normalement, je devrais la rattraper, sur ces portions. Car tout le monde marche, et cela me motive à redoubler tout le monde, mais je ne plus accélérer, je commence à sentir le poids des kms et des cotes,, surtout qu’il en reste encore plusieurs .
Dans la cote du 25 km, je n’arrive plus à me ravitailler, c’est bon je suis dans le rouge, et ce n’est pas le tee-shirt rouge d’Annie qui me contredira . Elle a entendu le clic clic  de mes bâtons sur le bitume, elle m’attend alors qu’elle commence à s’ennuyer à courir seule.
On finira le marathon ensemble, dans la dernière côte, nous rattrapons AVRAMAKIS  un guerrier crétois en armure grecque de 67 ans, qui court pied nus, il finira en 5 h 43, j’ai pas osé lui toucher son épée qu’il brandit fièrement . Chapeau, c’était un des rares « déguisés «
Nous voilà enfin dans la descente de  kms qui nous emmène vers l’arrivée, on rentre dans les faubourgs d’Athènes, toujours des bravos, toujours des japonaises, des espagnols, des brésiliens, … toujours cette ligne bleue, que j’ai de plus en plus de mal à suivre, toujours les sonos à fonds devant les quelques magasins qui veulent se faire remarquer, et toujours ces ravitaillements que je snobe, faute de pouvoir avaler quelque chose. Ma vitesse, catastrophiquement faible, s’en ressent encore plus. J’en arrive, dans les 5 derniers kms, à marcher légèrement plus que 6 km/h, je ne même plus pousser avec mes bâtons, j’arrête de les planter,  je les porte, c’est moins fatiguant .
Nous faisons un bout de chemin avec un parisien, qui est en couple avec une bretonne de Nantes, il se reprend vite, elle n’est pas bretonne, si elle est de Nantes . on a failli couper court à toute discussion .
comme nous, les 24 degrés annoncés sur la fin du parcours lui sont fatal, ainsi que le dénivelé 650 m à mon GPS. Il nous abandonnera 1 km avant l’arrivée, pour se remettre à courir, pour lui on marche trop vite : pour nous on se traine .
Kostas nous redouble, il nous avait prévenus, il s’arrêterai pour finir de s’habiller complètement en tenue traditionnelle avec sa jupe, la fustanelle et ces sabots de bois  à clous . Il est très encouragé et applaudi  par tous les grecs .
dernier virage derniers 500 mètres, nous nous remettons à accélérer, Annie à courir et moi de reprendre les bâtons. Nous passons devant le palais présidentiel, et je résiste pas à l’envie d’une petite photo avec mes bâtons devant la garde présidentielle .
dernière route à traverser, on rentre dans le stade, ENFIN !!!!
THE STADE   PANATHENAÏQUE ., le stade des premiers jeux en 1896, cela provoque un peu d’émotions, car à l’échelle de l’humanité, on est peu nombreux à  avoir pu fouler et encore moins marcher avec des bâtons  sur sa piste de prés de 200 m de ligne droite . c’est long 200 m mais en fait c’est tellement court car il nous reste que de très vagues souvenirs de ce moment là.
5h 36. et 41 secondes ; on s’en sort bien . 12 529 ème sur 15 294 à l’arrivée . les abandons furent nombreux parait il !
et pour rester dans les statistiques il y a eu 811 français à l’arrivée, ce qui en fait la 3 ème nation après les grecs, « naturlich » et les USA.

Le premier, un kenyan, aura mis 2 h 10 et le dernier 8 h 44

MAIS L’HISTOIRE NE S’ARRETE PAS LA .

Après l’arrivée direction, obligatoire vers les remises de médailles, les ravitaillements et le sac  d’affaires chaudes, il commence à faire froid, la nuit tombe vite, ici.
pour profiter un peu du stade, et comme je me sens fatigué, et que je ne suis pas bien tout simplement, je m’assoie par terre pour me reposer. Un des bénévoles toujours prompt à nous faire sortir de la zone s’inquiète de mon état de santé. J’ai juste besoin de quelques minutes de récupération.  
Elles se passe et je me relève, et là d’une marque indélébile devant l’histoire, je laisse une trace sur la piste, toute l’eau que j’avais bu et que l’estomac n’avait pas assimilé. La direct le bénévole arrive avec une chaise roulante, pour m’emmener à l’infirmerie. Baisse de tension  et me voila sous perfusion de glucose  grecque, même si j’ai pas senti au gout la différence. A coté de moi, 2 personnes prennent la direction de l’hôpital, ils ne récupèrent pas.
Moi docteur, je vais bien, je ne veux pas aller dans votre bel hôpital.
Heureusement que l’on avait une « interprète «  qui parlait bien français, cela nous a beaucoup aidé, plutôt d’en rajouter. Certains des kenyans sont aussi passés par là, notamment la première féminine 2 h 36 .46, cela me rassure .  

Direction l’hôtel, et chemin faisant, c’est un couple de carhaisiens  qui nous dépassent, on s’est donné rendez vous au cross de la ligue, car ils seront bénévoles .

Le soir même, beaucoup se baladaient dans Athènes avec leur tee-shirt « beginner » et certains arboraient fièrement leur médaille « finishers » . Et dans tous les restaurants de très bonne heure, ( on est debout depuis 4 h 30 du matin ) des tablées de marathoniens fêtent leurs exploits. Quand je vous disais, que ce marathon ( comme d’autre ) est un énorme apport de C A pour la capitale .
le lendemain, idem, toujours autan de tee-shirt et encore des médailles, que chacun va aller se photographier devant un beau point de vue, il y a tellement de collines, ou un monument .
Le surlendemain, un peu moins peut être, mais on en voit encore, mais surement plein d’athlètes sont déjà partis.
Le sur- surlendemain, à grande stupéfaction, on en voit encore, des athlètes avec leur médailles autour du cou
 
Le sur-sur-surlendemain, arrivé a Paris, on en a pas vu,
plus normal comme situation .

Didier